Partie II — Les constructions verbales à l’épreuve des textes : narration, modalité et poésie

Chapitre 6 — Modalité, négation, condition et dépendance interclausale

Les formes préfixales et les formes suffixales précédées de waw permettent de tester la relation non biunivoque entre forme verbale et interprétation grammaticale : une même configuration morphologique peut apparaître dans une permission, une prédiction, une interdiction, une décision, une prescription ou une description habituelle ; inversement, des valeurs modales proches peuvent être réalisées par des formes différentes.

Il serait toutefois insuffisant de remplacer les anciennes équivalences « yiqtol = futur » et « weqatal = futur consécutif » par une liste plus longue de valeurs possibles, qui décrirait la polysémie apparente sans en expliquer la distribution. Il faut plutôt déterminer ce qui, dans l’interprétation, relève de la forme verbale elle-même et ce qui est imposé ou favorisé par la polarité, le type de proposition, la situation d’énonciation ou la relation de dépendance entre propositions.

Le chapitre procède à partir de cinq contrastes : Gn 2,16–17 présente une construction morphologiquement proche sous deux interprétations modales ; Gn 22,12 et Ex 20,10 font de la négation un diagnostic indépendant de la morphologie du mode ; Gn 24,58 compare deux formes préfixales du même lexème dans une question et sa réponse ; Ex 20,9 et Ex 33,7 opposent les domaines normatif et habituel passé de deux séquences formellement comparables ; Gn 28,20–22, enfin, montre que la forme verbale ne détermine pas la frontière entre protase et apodose. Ces contrastes permettent d’évaluer les généralisations relatives à yiqtol et à weqatal en contrôlant séparément les différentes dimensions grammaticales, sans postuler une valeur grammaticale unique supplémentaire.

6.1. Une même construction, deux interprétations : Gn 2,16–17

Genèse 2.16 Gn 2-16
וַיְצַו֙ יְהוָ֣ה אֱלֹהִ֔ים עַל־הָֽאָדָ֖ם לֵאמֹ֑ר מִכֹּ֥ל עֵֽץ־הַגָּ֖ן אָכֹ֥ל תֹּאכֵֽל׃
wa yᵉṣáw ʔăḏōnā́y ʾĕlōhī́m ʿal-hā́ ʾādā́m lē ʾmṓr mi-k-kṓl ʿḗṣ-ha-g-gā́n ʾāxṓl tōxḗl
L’Éternel-Dieu donna un ordre à l’homme, en disant : "Tous les arbres du jardin, tu peux t’en nourrir ;
wayyiqtol infinitif yiqtol
Genèse 2.17b Gn 2-17b
כִּ֗י בְּי֛וֹם אֲכָלְךָ֥ מִמֶּ֖נּוּ מ֥וֹת תָּמֽוּת׃
kī́ bᵉ yṓm ʾăxālᵉxā́ mimménnū mṓt tāmū́t
car du jour où tu en mangeras , tu dois mourir ... !
infinitif participe yiqtol

Figure 6.1 · Notation de portée sémantique

Permission, prohibition et absence d’obligation

OBL_N(¬p) et ¬OBL_N(p) ne sont pas équivalents. L’ordre des symboles n’établit pas l’ordre syntaxique ou linéaire de l’hébreu.

PERM_N(p)Permission
L’accomplissement de p est permis relativement à N.
OBL_N(¬p)Prohibition
Le cadre exige que p ne soit pas réalisé.
¬OBL_N(p)Absence d’obligation
Le cadre n’exige pas la réalisation de p.

L’interdiction de p exige que p ne se réalise pas ; l’absence d’obligation laisse ouverte sa réalisation.

Le contraste représente les lectures établies dans ces clauses ; il ne pose aucune valeur modale comme sens lexical unique de yiqtol.

Gn 2.16Gn 2.17b (segment conservé)

Schéma textuel
- `PERM_N(p)` : l’accomplissement de *p* est permis relativement à *N* ;
- `OBL_N(¬p)` : le cadre exige que *p* ne soit pas réalisé ;
- `¬OBL_N(p)` : le cadre n’exige pas la réalisation de *p*.

Source texte (UTF-8)

La première opposition se trouve dans deux propositions immédiatement contiguës :

מִכֹּל עֵץ־הַגָּן אָכֹל תֹּאכֵל
« De tout arbre du jardin, tu peux / pourras manger librement. »

כִּי בְּיוֹם אֲכָלְךָ מִמֶּנּוּ מוֹת תָּמוּת
« Car, le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. »

Les expressions אָכֹל + תֹּאכֵל et מוֹת + תָּמוּת présentent le même schéma superficiel, un infinitif absolu suivi d’une forme préfixale du même lexème ; le contraste porte donc sur deux occurrences voisines de la même configuration générale, et non sur des conjugaisons différentes ou des constructions éloignées dans le corpus.

En Gn 2,16, l’énoncé appartient à une directive divine introduite par וַיְצַו « il ordonna ». Le contenu de la proposition délimite le domaine des actions permises : l’homme est autorisé à manger des arbres du jardin, sans recevoir l’obligation de manger de chacun d’eux.

Gn 2,17 construit une relation différente. La proposition négative précédente définit l’interdiction portant sur l’arbre de la connaissance, et מוֹת תָּמוּת présente la mort comme conséquence certaine ou annoncée de la transgression.

La construction infinitif absolu + yiqtol ne détermine donc pas à elle seule la force modale de la proposition. L’infinitif absolu contribue à renforcer, focaliser ou préciser la prédication, et son fonctionnement modal a fait l’objet d’analyses spécifiques, notamment chez Callaham (2010) ; le couple de Gn 2,16–17 montre cependant que cette configuration ne réalise de manière univoque aucune des valeurs PERMISSION, OBLIGATION ou PREDICTION.

Une première analyse consisterait à attribuer à la forme préfixale une valeur très générale d’ouverture ou de non-réalisation. Cette valeur serait ensuite spécifiée pragmatiquement : permission en 2,16, conséquence future en 2,17.

Une deuxième analyse accorderait davantage de poids à la structure de la proposition. Dans cette perspective, les deux yiqtol ne recevraient pas simplement deux lectures contextuelles d’une même valeur abstraite ; ils entreraient dans des constructions différentes. La proposition de 2,16 appartient au contenu d’une directive qui définit un ensemble d’actions autorisées. Celle de 2,17 est intégrée à une relation conditionnelle ou conditionnelle-causale : l’ingestion de l’arbre définit le cas dans lequel la conséquence annoncée devient pertinente.

Sans déterminer la structure interne exacte du yiqtol, les données permettent d’exclure la seule futurité comme définition de la forme : la permission de 2,16 soutient une analyse où l’interprétation dépend de la construction modale et syntaxique. D’autres occurrences d’infinitif absolu + forme préfixale ne devraient donc pas recevoir automatiquement une même étiquette modale ; leur interprétation devrait covarier avec des diagnostics indépendants tels que le type de proposition, son statut directif ou assertif, la présence d’une condition, la polarité et la situation d’énonciation. La première opposition conduit ainsi à examiner la négation comme un diagnostic extérieur à la forme verbale.

6.2. La négation comme diagnostic du mode : Gn 22,12 et Ex 20,10

L’hébreu biblique possède plusieurs moyens de construire une proposition négative ; pour les formes préfixales, l’opposition entre אַל ʾal et לֹא lōʾ fournit un diagnostic parce qu’elle interagit avec le système des directives.

Gn 22,12 contient deux interdictions adressées à Abraham :

אַל־תִּשְׁלַח יָדְךָ אֶל־הַנַּעַר
וְאַל־תַּעַשׂ לוֹ מְאוּמָה
« Ne porte pas ta main sur le garçon et ne lui fais rien. »

Ex 20,10 présente une interdiction appartenant à la prescription sabbatique :

לֹא־תַעֲשֶׂה כָל־מְלָאכָה
« Tu ne feras aucun travail. »

Le maintien du lexème עשה permet de contrôler la morphologie : Gn 22,12 emploie la forme apocopée תַּעַשׂ, tandis qu’Ex 20,10 conserve dans תַעֲשֶׂה la finale caractéristique de la forme longue. La différence de particule négative accompagne donc, dans ce lexème, une distinction morphologique visible.

La tradition grammaticale distingue depuis longtemps les prohibitions construites avec אַל et le jussif de celles qui emploient לֹא avec la forme préfixale. Gesenius–Kautzsch–Cowley (§ 107o), dans l’édition anglaise de 1910, caractérisent לֹא + imperfectif comme une prohibition particulièrement forte, notamment dans les commandements divins, tandis que אַל + jussif est fréquemment employé pour une défense ou un avertissement directement adressé. Le contraste entre Gn 22,12 et Ex 20,10 est compatible avec cette distribution : le premier intervient dans une situation immédiatement en cours, tandis que le second appartient à une prescription normative. Le présent mémoire ne transforme toutefois pas cette tendance en opposition sémantique absolue.

Figure 6.2

Négation et morphologie modale

Gn 22,12

  1. אַל + jussif
  2. forme courte visible
  3. intervention dans la situation en cours

Ex 20,10

  1. לֹא + forme préfixale
  2. forme longue visible
  3. prescription normative

Alternative textuelle. La comparaison oppose al plus jussif court en Genèse 22,12 à lo plus forme préfixale longue en Exode 20,10.

La distribution observée est compatible avec une tendance situationnelle/normative; elle ne lexicalise pas une opposition sémantique absolue.

La polarité négative appartient ainsi au problème morphosyntaxique : le choix du négateur covarie avec le type de forme préfixale et avec le type de directive.

Gn 22,12 illustre également la différence entre distinction visible et syncrétisme : dans וְאַל־תַּעַשׂ, la forme courte se distingue de la forme longue ; dans אַל־תִּשְׁלַח, la surface ne permet pas de reconnaître de la même manière l’opposition entre jussif et imperfectif, comme dans une grande partie du paradigme hébreu.

L’analyse doit dès lors distinguer la catégorie morphologiquement identifiable par une opposition de formes, la catégorie que la construction permet d’analyser comme jussive alors que sa réalisation est syncrétique avec l’imperfectif, et l’interprétation directive ou prohibitive qui appartient à la proposition entière. L’absence de différence visible ne prouve donc pas l’absence de différence grammaticale, tandis que le contexte seul ne justifie pas deux exposants distincts là où le paradigme n’en présente qu’un.

Il serait excessif de déduire de ces deux passages que אַל exprime toujours une interdiction ponctuelle et לֹא toujours une loi générale. Le contraste observé est compatible avec la distribution décrite par Gesenius–Kautzsch–Cowley, mais un corpus plus large reste nécessaire pour en mesurer la portée ; elle ne doit pas être convertie en étiquette automatique.

Dans l’échantillon, la sélection de la négation est grammaticalement structurée et peut fournir un diagnostic du statut modal d’une forme préfixale ; puisque le jussif et l’imperfectif sont parfois morphologiquement distincts et parfois syncrétiques, la force illocutoire de la proposition ne peut être lue directement dans le seul segment verbal. La négation relie ainsi une différence interprétative à un contraste formel indépendant, plutôt qu’à une simple liste de traductions modales.

6.3. La forme préfixale et le type de proposition : Gn 24,58

Genèse 24.58 Gn 24-58
וַיִּקְרְא֤וּ לְרִבְקָה֙ וַיֹּאמְר֣וּ אֵלֶ֔יהָ הֲתֵלְכִ֖י עִם־הָאִ֣ישׁ הַזֶּ֑ה וַתֹּ֖אמֶר אֵלֵֽךְ׃
wa-y-yiqrᵉʾū́ lᵉ rivqā́ wa-y-yōmᵉrū́ ʾēléhā hă tēlᵉxī́ ʿim-hā ʾī́š ha-z-zéh wa-t-tṓmer ʾēlḗx
ils appelèrent Rébecca et lui dirent "Pars-tu avec cet homme?" Elle répondit : "Je pars "
wayyiqtol yiqtol

Figure 6.3

Force interrogative et engagement déclaratif

תלכי

  1. question adressée
  2. événement prospectif

אלך

  1. réponse déclarative
  2. engagement du locuteur

Alternative textuelle. Deux formes de la racine halakh appartiennent au même échange prospectif, mais la première est interrogative et la seconde déclarative.

La forme préfixale ne détermine pas seule la force illocutoire.

Le contraste suivant déplace l’analyse de la polarité vers le type de proposition et l’acte de parole.

הֲתֵלְכִי עִם־הָאִישׁ הַזֶּה
וַתֹּאמֶר אֵלֵךְ
« Iras-tu avec cet homme ? — J’irai. »

Les deux prédications utilisent le même lexème הלך et appartiennent à la conjugaison préfixale :

תֵּלְכִי — 2fs
אֵלֵךְ — 1cs.

La première apparaît sous interrogation, la seconde dans la réponse de Rébecca.

Les deux formes renvoient à un déplacement prospectif, mais leur force illocutoire diffère. L’interrogation porte sur l’acceptation de l’action par Rébecca ; la réponse, produite par l’agent même de l’action, accomplit un engagement ou une décision.

Le contraste sépare deux composantes : la prospectivité, commune aux deux propositions puisque le déplacement n’est pas encore réalisé, et la force illocutoire, qui oppose une question sur la disposition du destinataire à l’engagement du locuteur.

Cette analyse évite de multiplier inutilement les entrées lexicales du yiqtol. Rien n’oblige à postuler un yiqtol interrogatif et un yiqtol de décision comme deux formes grammaticales distinctes. L’alternative plus économique consiste à tester si une contribution moins spécifiée de la forme est compatible avec différentes forces de proposition construites plus haut.

Pour les emplois souvent appelés « volitifs », אֵלֵךְ ne possède pas ici la morphologie distinctive d’un cohortatif en -ה ; en l’absence d’un exposant cohortatif visible, la valeur décisionnelle appartient au niveau de l’acte de parole.

Une proposition contenant une forme préfixale dépourvue de marque cohortative peut ainsi recevoir une interprétation volitive ou décisionnelle. La morphologie du mode demeure pertinente, notamment pour le contraste empirique avec les cohortatifs marqués, mais la volition comme propriété de l’interprétation se distingue du cohortatif comme catégorie morphologique.

6.4. Weqatal et dépendance au domaine : Ex 20,9 et Ex 33,7

Les analyses traditionnelles de weqatal ont souvent accordé une place importante à ses emplois futurs, modaux ou consécutifs. Le corpus fournit cependant un contraste qui interdit d’identifier la forme à l’une de ces valeurs.

Exode 20.9 Ex 20-9
שֵׁ֤֣שֶׁת יָמִ֣ים֙ תַּֽעֲבֹ֔ד֮ וְעָשִׂ֖֣יתָ כָּל־מְלַאכְתֶּֽךָ֒
šḗšet yāmī́m táʿăvṓd wᵉ ʿāśī́tā kol-mᵉlaxtéxā
Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires,
yiqtol weqatal

שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד
וְעָשִׂיתָ כָּל־מְלַאכְתֶּךָ
« Six jours tu travailleras et tu accompliras tout ton ouvrage. »

La première prédication contient תַּעֲבֹד, forme préfixale, suivie de וְעָשִׂיתָ, forme suffixale précédée de waw, dans un environnement normatif qui définit le régime du travail hebdomadaire.

La caractérisation locale de וְעָשִׂיתָ comme futur ou déontique dépend de cet environnement normatif et ne peut pas être attribuée à la forme indépendamment du contexte. Ex 33,7 offre une configuration formellement comparable dans un domaine habituel passé :

וּמֹשֶׁה יִקַּח אֶת־הָאֹהֶל
וְנָטָה־לוֹ מִחוּץ לַמַּחֲנֶה
…
וְקָרָא לוֹ אֹהֶל מוֹעֵד
…
יֵצֵא אֶל־אֹהֶל מוֹעֵד

« Moïse avait coutume de prendre la tente et de la dresser hors du camp […] ; quiconque cherchait YHWH sortait vers la tente de la Rencontre. »

Figure 6.4

Une forme comparable dans deux domaines

Ex 20,9

  1. domaine normatif
  2. yiqtol puis weqatal
  3. réalisation française prospective ou normative

Ex 33,7

  1. domaine habituel passé
  2. yiqtol puis weqatal
  3. réalisation française à l’imparfait ou habituelle

Alternative textuelle. Deux séquences yiqtol–weqatal comparables reçoivent une lecture normative en Exode 20 et habituelle passée en Exode 33.

Le domaine borne la lecture; le schéma ne pose ni FUTUR ni DÉONTIQUE comme sens direct de weqatal.

La forme יִקַּח ouvre une description habituelle où וְנָטָה, וְקָרָא et וְהָיָה appartiennent à la série suffixale avec waw, avant le retour de la forme préfixale יֵצֵא ; les versets suivants continuent de décrire ce qui se produisait lorsque Moïse sortait vers la tente.

La temporalité passée et itérative du passage exclut aussi bien une prescription future qu’une succession narrative unique d’événements accomplis ; de tels emplois itératifs de weqatal, reconnus depuis longtemps dans la littérature, ont notamment été étudiés dans leur distribution et leur recul diachronique par Joosten (2006).

La comparaison fait ainsi apparaître la même succession formelle, yiqtol → weqatal, dans deux domaines distincts, normatif en Ex 20,9 et habituel passé en Ex 33,7. Cette relation linéaire semblable sous deux orientations temporelles et modales différentes exclut les équations weqatal = FUTURE et weqatal = DEONTIC : dans les deux passages, la forme dépend d’un domaine interprétatif déjà établi.

L’expression « dépendance au domaine » désigne ici une généralisation distributionnelle, sans correspondre à une trait [DOMAIN] ni à une projection syntaxique déjà démontrée.

Deux formalisations restent possibles : selon une analyse morphologique forte, weqatal possède une contribution grammaticale propre, suffisamment abstraite pour être compatible avec la continuation d’un domaine futur, modal ou habituel ; selon une analyse plus constructionnelle, son interprétation provient en partie de la relation entre propositions, et sa morphologie ne spécifie pas seule le cadre temporel ou modal. Les données présentes montrent que le contexte précédent est grammaticalement indispensable, mais ne permettent pas encore de choisir une représentation interne complète.

L’hypothèse de dépendance au domaine prédit que les séquences où weqatal reçoit une lecture passée habituelle présenteront des indices indépendants d’itération ou de répétition : proposition introductrice imperfective ou habituelle, quantification générique, expressions correspondant à « chaque fois que », participes caractérisant des participants récurrents ou structure textuelle répétitive.

Dans les séquences normatives, des indices indépendants devraient au contraire établir un domaine prescriptif — cadre légal, directive, modalité déontique ou structure conditionnelle —, de sorte que la valeur temporelle de weqatal devrait covarier avec un domaine établi indépendamment de la forme elle-même. Cette prédiction peut être testée sur les annotations existantes sans transformer préalablement les catégories discursives en traits morphologiques.

Un second passage, 1 S 7,15–16, déjà présent dans les matériaux du mémoire, peut servir de réplication du contrôle habituel. Il n’est pas nécessaire de développer ici un nouveau dossier complet : il doit être conservé dans l’annexe des analyses détaillées et utilisé pour vérifier que la lecture d’Ex 33,7 n’est pas isolée.

6.5. La condition comme problème de structure en constituants : Gn 28,20–22

Genèse 28.20-21 Gn 28-20-21
(20) וַיִּדַּ֥ר יַעֲקֹ֖ב נֶ֣דֶר לֵאמֹ֑ר אִם־יִהְיֶ֨ה אֱלֹהִ֜ים עִמָּדִ֗י וּשְׁמָרַ֙נִי֙ בַּדֶּ֤רֶךְ הַזֶּה֙ אֲשֶׁ֣ר אָנֹכִ֣י הוֹלֵ֔ךְ וְנָֽתַן ־לִ֥י לֶ֛חֶם לֶאֱכֹ֖ל וּבֶ֥גֶד לִלְבֹּֽשׁ ׃ (21) וְשַׁבְתִּ֥י בְשָׁל֖וֹם אֶל־בֵּ֣ית אָבִ֑י וְהָיָ֧ה יְהוָ֛ה לִ֖י לֵאלֹהִֽים׃
(20) wa-y-yiddár yaʿăqṓv néder lē ʾmṓr ʾim-yihyéh ʾĕlōhī́m ʿimmādī́ ū šᵉmāránī ba-d-dérex ha-z-zéh ʾăšér ʾānōxī́ hōlḗx wᵉ nā́tan -lī́ léḥem le ʾĕxṓl ū véged li lᵉbbṓš (21) wᵉ šavtī́ vᵉ šālṓm ʾel-bḗt ʾāvī́ wᵉ hāyā́ ʔăḏōnā́y lī́ lē ʾlōhī́m
(20) Jacob prononça un vœu en ces termes : "Si le Seigneur est avec moi, s’il me protège dans la voie où je marche , s’il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir ; (21) si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi
wayyiqtol infinitif yiqtol weqatal participe

Les constructions conditionnelles distinguent forme verbale et fonction syntaxique, puisqu’une même forme peut apparaître dans différents constituants du système conditionnel.

Le vœu de Jacob commence par :

אִם־יִהְיֶה אֱלֹהִים עִמָּדִי
וּשְׁמָרַנִי בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה
…
וְנָתַן־לִי לֶחֶם לֶאֱכֹל
…
וְשַׁבְתִּי בְשָׁלוֹם אֶל־בֵּית אָבִי
וְהָיָה יְהוָה לִי לֵאלֹהִים
וְהָאֶבֶן הַזֹּאת … יִהְיֶה בֵּית אֱלֹהִים
וְכֹל אֲשֶׁר תִּתֶּן־לִי עַשֵּׂר אֲעַשְּׂרֶנּוּ לָךְ

La particule אִם fournit un diagnostic indépendant : une structure conditionnelle est ouverte. La première prédication finie est יִהְיֶה. Elle est suivie par plusieurs formes suffixales avec waw : וּשְׁמָרַנִי, וְנָתַן et וְשַׁבְתִּי.

Dans le vœu, l’interprétation prospective des formes est manifeste ; la difficulté porte sur la frontière de la protase.

Une première analyse place la frontière après וְשַׁבְתִּי בְשָׁלוֹם אֶל־בֵּית אָבִי :

Protase :
si Dieu est avec moi,
s’il me garde,
s’il me donne nourriture et vêtement,
et si je reviens en paix…

Apodose :
alors YHWH sera mon Dieu ;
cette pierre sera maison de Dieu ;
je te donnerai la dîme.

Cette segmentation correspond à de nombreuses traductions modernes.

Une autre analyse prolonge la protase jusqu’à :

וְהָיָה יְהוָה לִי לֵאלֹהִים
« et si YHWH est/devient mon Dieu »

L’apodose commencerait alors seulement au v. 22 :

וְהָאֶבֶן הַזֹּאת … יִהְיֶה בֵּית אֱלֹהִים
« alors cette pierre […] sera maison de Dieu »

Cette segmentation est également attestée dans l’histoire de l’interprétation et dans certaines traductions. Le texte massorétique ne fournit pas ici un morphème équivalent à un français alors qui trancherait mécaniquement entre les deux.

La forme וְהָיָה ne peut pas identifier par elle-même l’apodose, puisqu’une forme du même type apparaît déjà dans la continuation de la condition ; la présence d’un weqatal après une protase ne suffit donc pas à lui attribuer la trait APODOSIS, la fonction logique dépendant de la structure en constituants de l’ensemble de la construction.

Figure 6.5 · Analyses de portée concurrentes

Deux frontières possibles du vœu conditionnel

La conjugaison seule ne fixe pas la frontière entre condition et engagement.

Lecture A

Lecture de travail

  • ConditionPrésence, protection, nourriture, retour en paix
  • Engagement וְהָיָה« YHWH sera mon Dieu » ; développement concernant la pierre et la dîme

Lecture B

Alternative à documenter

  • ConditionPrésence, protection, nourriture, retour en paix
    • Membre maintenu dans la condition וְהָיָה« YHWH sera pour moi Dieu »
  • EngagementLa pierre sera maison de Dieu ; développement concernant la dîme (v. 22)

Dans A, והיה ouvre l’engagement. Dans B, ce membre reste dans la condition et l’engagement commence avec la pierre au verset 22.

Deux portées de la protase sont rendues visibles ; la figure conserve l’indécision analytique au lieu de la résoudre graphiquement.

Gn 28.20–21Gn 28.22

Schéma textuel
Lecture A
[Condition : présence, protection, nourriture, retour en paix]
[Engagement : וְהָיָה ... « YHWH sera mon Dieu »
               + développement concernant la pierre et la dîme]

Lecture B
[Condition : présence, protection, nourriture, retour en paix
             + וְהָיָה ... « YHWH sera pour moi Dieu »]
[Engagement : la pierre sera maison de Dieu
               + développement concernant la dîme]

Source texte (UTF-8)

La différence entre les deux segmentations relève de la structure grammaticale, puisqu’elle porte sur l’étendue de la portée de אִם et la dépendance syntaxique des prédicats ; ses conséquences traductionnelles interviennent ensuite.

La traduction révèle ensuite les conséquences de l’analyse. Si וְהָיָה יְהוָה לִי לֵאלֹהִים appartient à l’apodose, la phrase affirme ce qui résultera de l’accomplissement des conditions précédentes. Si elle appartient encore à la protase, le statut de YHWH comme Dieu de Jacob fait partie de l’ensemble conditionnel précédant les engagements du v. 22.

La portée exégétique éventuelle de cette différence intervient après l’analyse de portée et ne permet pas de sélectionner à l’avance la structure préférée. Dans l’annotation de Gn 28, une colonne form_class = weqatal ne permet donc pas de calculer automatiquement syntactic_role = apodosis.

La classe formelle et le rôle syntaxique doivent rester indépendants, comme dans les correspondances yiqtol → protasis, weqatal → consequence et qatal → realis : la morphologie constitue une partie des données, la fonction dans la construction une autre.

La portée conditionnelle illustre cette dissociation : si une proposition en weqatal reste incluse dans la protase ouverte par אִם, son waw peut recevoir en français un équivalent fonctionnel tel que la répétition de si, plutôt que et. Le choix du connecteur dépend alors de la structure en constituants et de la portée logique de la construction ; traduire d’abord ו par et ferait disparaître la relation à restituer.

Cette conséquence ne tranche pas entre les deux segmentations. Dans l’analyse A, le français peut fermer la série des conditions après le retour en paix et introduire ensuite la conséquence. Dans l’analyse B, il peut répéter si devant la proposition concernant YHWH, afin de rendre visible son maintien sous la portée de la protase. La différence entre les traductions externalise donc une analyse syntaxique préalable ; elle ne fournit pas un argument morphologique indépendant.

6.6. Apport des transitions de corpus

Les nombres de transitions entre yiqtol et weqatal peuvent contribuer à l’enquête, mais ils doivent recevoir une fonction strictement limitée.

Le premier contrôle est 1 S 7,15–16, conservé dans les données comme comparandum. La séquence décrit l’activité répétée de Samuel : il juge Israël et accomplit régulièrement un circuit. Ce cadre habituel passé vérifie que la proximité entre forme préfixale et forme suffixale en waw ne suffit pas à produire une lecture future ou déontique. Il réplique le résultat d’Ex 33,7 dans un autre passage, sans constituer un nouveau dossier principal.

Le diagnostic est le caractère itératif de la description étendue, non la seule traduction française à l’imparfait. Si les occurrences étaient sorties de ce cadre, une lecture prospective redeviendrait imaginable. Le passage confirme donc une dépendance au domaine, mais ne décide pas si celle-ci doit être représentée dans la sémantique de la construction ou dans la relation entre propositions.

Un second contrôle vient de Gn 18,13, également attesté dans les matériaux examinés. La question divine reprend une parole de Sara et contient une forme préfixale dans un environnement interrogatif et modalement chargé. Elle rappelle que l’interrogation contribue à la lecture de la forme : une question sur la possibilité ou la réalisation d’un événement ne se classe pas comme simple futur sur la base de la conjugaison.

Ces contrôles répliquent les distinctions entre habitude et projection ou entre force interrogative et valeur temporelle, mais demeurent secondaires faute d’avoir reçu l’analyse clausale complète appliquée aux cinq dossiers principaux.

Am 9,11–12 fournit une réplication prophétique indépendante de la dépendance au domaine. Le cadre בַּיּוֹם הַהוּא ouvre une restauration prospective, puis la série alterne :

yiqtol → weqatal → XP + yiqtol → weqatal.

Les deux אָקִים sont des yiqtol Hiphil 1cs ; וְגָדַרְתִּי et וּבְנִיתִיהָ sont des formes suffixales 1cs avec waw. Entre les deux, וַהֲרִסֹתָיו « et ses ruines » est un constituant nominal préposé, non une forme verbale. L’alternance n’exige pas quatre temps français : « je relèverai », « je réparerai », « je relèverai », « je rebâtirai » maintiennent le domaine prophétique commun, tandis que ponctuation et juxtaposition peuvent transposer la continuité sans répéter chaque waw par et.

La suite introduite par לְמַעַן ouvre en revanche une dépendance de finalité : יִירְשׁוּ se traduit naturellement par « afin qu’ils prennent possession », non par un simple futur indépendant. Le passage confirme donc la généralisation restreinte : weqatal reçoit ici son orientation prospective du domaine déjà établi, mais une particule de subordination peut ouvrir un sous-domaine et modifier le choix modal cible. Ce contrôle secondaire demeure borné et n’est pas traité comme un sixième dossier complet.

Is 53,11–12 offre un contrôle complémentaire et une réplication plus resserrée du même principe. Six formes préfixales — יִרְאֶה, יִשְׂבָּע, יַצְדִּיק, יִסְבֹּל, אֲחַלֶּק et יְחַלֵּק — appartiennent d’abord à un domaine projeté ou résultatif. La locution תַּחַת אֲשֶׁר introduit ensuite un fondement causal ou explicatif, dans lequel trois formes suffixales, הֶעֱרָה, נִמְנָה et נָשָׂא, reçoivent un ancrage rétrospectif local. Cette transition interdit de convertir mécaniquement toute la prophétie en une série de futurs : la relation interclausale établit ici un sous-domaine qui prime sur l’orientation globale. Le dernier prédicat, יַפְגִּיעַ, rouvre enfin une forme préfixale sans imposer à lui seul une solution française unique. « Il intercédera » maintient une lecture prospective ; « il intervient » ou « il intercède » rend une lecture générique ou continuative. Le dossier conserve ces deux analyses sans les départager. Il sert donc de contrôle interclausal : il confirme que la morphologie borne les possibilités, tandis que la subordination, la portée et la position dans la séquence déterminent l’ancrage pertinent. L’analyse reste ouverte sur ce point et son périmètre ne dépasse pas Is 53,11–12.

Is 7,14 fournit un autre contrôle prophétique. Le signe confirme le même principe par une architecture différente : יִתֵּן est un yiqtol Qal 3ms ; הָרָה est un prédicat adjectival féminin singulier, non une forme finie ; וְיֹלֶדֶת est un participe Qal féminin singulier ; וְקָרָאת est une forme suffixale Qal. Ces quatre prédications morphosyntaxiquement hétérogènes peuvent être interprétées dans le domaine prospectif ouvert par l’annonce du signe. La projection commune appartient donc à la construction étendue et à sa portée, non à la répétition d’une conjugaison unique. Une traduction française peut uniformiser partiellement la série au futur, mais doit reconnaître cette neutralisation de contrastes présents dans la source (Wildberger 1991 ; Blenkinsopp 2000). La personne de וְקָרָאת demeure explicitement ouverte : l’analyse traditionnelle d’une 3fs archaïque et l’analyse morphologiquement naturelle d’une 2fs sont toutes deux conservées. Le grec καλέσεις montre qu’une lecture à la deuxième personne était disponible dans une tradition ancienne ; il ne réécrit pas la morphologie hébraïque. Enfin, l’opposition lexicale עַלְמָה / παρθένος constitue une question de traduction distincte et ne fournit aucun diagnostic TAM.

La distinction entre temps, aspect et modalité suit le cadre général de Palmer (2001) et les analyses du système hébreu proposées par Hatav (1997), Cook (2012) et Joosten (2012). Longacre (1994) attire l’attention sur la distribution textuelle de weqatal, et Joosten (2006) traite spécifiquement la disparition de son emploi itératif, tandis que les grammaires de Waltke et O’Connor (1990) et de Joüon–Muraoka (2006) fournissent les contrôles morphosyntaxiques. Ces travaux justifient de comparer les domaines ; ils ne rendent pas superflu l’examen local de la négation, de la force et de la portée.

Dans les contrastes étudiés, weqatal est compatible avec plusieurs cadres et reçoit son interprétation précise en relation avec celui qui est établi. Une contribution grammaticale propre demeure possible, mais elle ne s’identifie uniformément ni au futur, ni au déontique, ni à l’apodose.

Les anciens rendus chiffrés de transitions ne sont pas reliés à une dérivation suffisamment documentée depuis l’état gelé des données. Aucun tableau ni lien quantitatif n’est donc maintenu. Les patrons qualitatifs yiqtol → weqatal et weqatal → weqatal restent seulement des requêtes susceptibles de localiser des séquences à vérifier une par une et ne démontrent pas quantitativement l’existence d’un « domaine projectif ».

Une transition linéaire n’indique à elle seule ni si les deux propositions ont le même statut syntaxique, ni si elles appartiennent à une condition ou à une prescription, ni si le domaine est futur ou passé habituel ; elle ne permet pas davantage de localiser une frontière de discours direct ou d’identifier la relation sémantique entre les prédications. Utilisées comme outil de repérage, les transitions doivent donc être interprétées au moyen des annotations structurales, qui transforment l’association entre labels en questions falsifiables sur le type de clause et son environnement.

6.7. Résultats

Les contrastes établissent trois résultats de portée restreinte. D’abord, yiqtol ne correspond pas à une valeur modale unique : en Gn 2,16–17, une même construction générale participe à une permission et à une conséquence annoncée ; en Gn 24,58, une même famille morphologique intervient successivement dans une question prospective et dans un engagement ; Gn 22,12 montre enfin que certaines lectures directives doivent être analysées conjointement avec la négation et la morphologie du jussif. Les données ne justifient donc pas l’étiquette générale « ouverture » pour yiqtol, car la forme préfixale sous-détermine plusieurs dimensions précisées par la construction, notamment la polarité, le mode, le type de proposition et la situation d’énonciation.

Ensuite, l’interprétation de weqatal dépend du domaine. Dans le contraste contrôlé entre Ex 20,9 et Ex 33,7, la même catégorie morphologique apparaît dans un environnement normatif prospectif et dans un environnement habituel passé. Cette distribution exclut une lexicalisation uniforme de FUTURE ou DEONTIC et montre que l’interprétation temporelle et modale de weqatal est sensible au domaine construit par la proposition ou la séquence dont il dépend, sans déterminer encore la nature grammaticale exacte de cette dépendance.

Enfin, morphologie et structure en constituants doivent être distinguées. En Gn 28,20–22, la forme weqatal ne permet pas de décider si une proposition appartient encore à la protase ou constitue l’apodose ; l’analyse distingue donc la forme morphologique de la position de la proposition dans la structure syntaxique, dont l’interaction contribue à l’interprétation.

6.8. Conséquences pour la traduction et l’interprétation

Dans les passages étudiés, la traduction intervient après l’analyse morphosyntaxique.

Dans Gn 2,16–17, rendre les deux yiqtol par un simple futur français effacerait la différence entre permission et conséquence. La différence française est motivée par la structure de la scène directive, non par deux conjugaisons hébraïques distinctes.

Dans Gn 22,12 et Ex 20,10, un français « ne fais pas » peut être acceptable dans les deux passages tout en neutralisant l’opposition hébraïque entre אַל + jussif et לֹא + imperfectif. Le traducteur peut décider de neutraliser cette distinction ; l’analyste doit d’abord l’avoir identifiée.

Dans Ex 33,7, une traduction française au futur ne conviendrait pas au cadre habituel passé, malgré la présence de formes morphologiquement comparables à celles qui reçoivent ailleurs une traduction future ; une périphrase telle que « Moïse avait coutume de… » ou « chaque fois que… » rend ce changement de domaine temporel.

Gn 28,20–22 produit enfin un cas où l’analyse syntaxique peut modifier plus profondément l’interprétation. Le choix de la frontière protase/apodose influence la manière dont le vœu de Jacob est compris et doit être établi indépendamment d’une équivalence lexicale de weqatal.

Dans chacun de ces cas, l’argument procède de la morphologie à la structure, puis à l’interprétation et, éventuellement, à la traduction ; celle-ci vérifie les conséquences d’un diagnostic d’abord établi sur la morphologie et la structure.

6.9. Conclusion

Les formes préfixales et les formes suffixales avec waw ne correspondent pas mécaniquement à une valeur temporelle, aspectuelle ou modale unique : en Gn 2,16–17, deux constructions de type infinitif absolu + yiqtol reçoivent des interprétations distinctes dans des configurations modales différentes ; le contraste entre Gn 22,12 et Ex 20,10 fait de la négation un diagnostic morphosyntaxique indépendant, l’opposition jussif/imperfectif étant visible dans certaines cellules du paradigme et syncrétique dans d’autres ; en Gn 24,58, une forme préfixale prospective participe à une question puis à un engagement, différenciés par la structure illocutoire ; Ex 20,9 et Ex 33,7 placent une séquence comparable dans un domaine normatif puis dans un domaine habituel passé ; Gn 28,20–22 montre enfin qu’une même forme peut appartenir à la continuation d’une protase ou au début d’une apodose selon la segmentation. Dans ces domaines modaux, négatifs et conditionnels, l’interprétation se compose à partir de la morphologie, de la polarité, du type de proposition, du domaine temporel ou modal et de la dépendance interclausale.

Le chapitre suivant teste ces diagnostics en poésie, lorsque la progression linéaire des propositions cesse de dominer et que le parallélisme contribue directement à l’organisation grammaticale et interprétative.

Références

Cook, John A. 2012. Time and the Biblical Hebrew Verb: The Expression of Tense, Aspect, and Modality in Biblical Hebrew. Winona Lake, IN: Eisenbrauns.

Blenkinsopp, Joseph. 2000. Isaiah 1–39: A New Translation with Introduction and Commentary. Anchor Bible 19. New York: Doubleday.

Gesenius, Wilhelm. 1910. Gesenius’ Hebrew Grammar. 2nd English ed., edited by E. Kautzsch, revised and translated by A. E. Cowley. Oxford: Clarendon Press. Wikisource

Hatav, Galia. 1997. The Semantics of Aspect and Modality: Evidence from English and Biblical Hebrew. Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins.

Joosten, Jan. 2012. The Verbal System of Biblical Hebrew: A New Synthesis Elaborated on the Basis of Classical Prose. Jerusalem Biblical Studies 10. Jerusalem: Simor.

Joosten, Jan. 2006. “The Disappearance of Iterative WEQATAL in the Biblical Hebrew Verbal System.” In Steven E. Fassberg and Avi Hurvitz, eds., Biblical Hebrew in Its Northwest Semitic Setting: Typological and Historical Perspectives, 135–147. Jerusalem: Magnes Press / Winona Lake, IN: Eisenbrauns.

Joüon, Paul, et Takamitsu Muraoka. 2006. A Grammar of Biblical Hebrew. 2nd ed. Rome: Pontifical Biblical Institute.

Longacre, Robert E. 1994. “‘Weqatal’ Forms in Biblical Hebrew Prose: A Discourse-Modular Approach.” In Biblical Hebrew and Discourse Linguistics, edited by Robert D. Bergen, 50–98. Dallas: Summer Institute of Linguistics.

Palmer, F. R. 2001. Mood and Modality. 2nd ed. Cambridge: Cambridge University Press.

Waltke, Bruce K., et M. O’Connor. 1990. An Introduction to Biblical Hebrew Syntax. Winona Lake, IN: Eisenbrauns.

Wildberger, Hans. 1991. Isaiah 1–12: A Commentary. Translated by Thomas H. Trapp. Continental Commentary. Minneapolis: Fortress Press.